Exposition personnelle du 25 septembre au 31 octobre 2021
Galerie MARGUO & Jardin Arnaud Beltrame, Paris
La Galerie Marguo a le plaisir de présenter Antinoüs, Antinoüs, une nouvelle installation publique de Laurent Pernot commandée pour la cour du Jardin Arnaud Beltrame. Alliant sculpture, vidéo et texte, la pratique de l’artiste s’attache à l’articulation matérielle et poétique de notions liées au passage du temps, telles que l’éternité, l’éphémère et la commémoration. Pour cette nouvelle série, composée de huit œuvres réparties dans la cour et la galerie, Laurent Pernot s’est inspiré de l’histoire d’amour entre l’empereur romain Hadrien, au IIe siècle, et son favori Antinoüs, afin d’explorer les dimensions temporelles et sacrées de l’amour ; sa capacité à dépasser la corporéité de celui qui le contemple et de son objet.
La relation entre Hadrien et Antinoüs se distinguait par l’attachement émotionnel sans réserve de l’empereur, frôlant l’obsession, envers son éphèbe. Au cours d’un voyage sur le Nil, peu avant le vingtième anniversaire d’Antinoüs, le jeune Grec trouva la mort dans le fleuve dans des circonstances mystérieuses. Par la suite, sur ordre d’Hadrien, Antinoüs fut déifié – littéralement transformé d’homme mortel en dieu immortel. Hadrien institua un culte en son nom, une ville baptisée Antinoopolis fut fondée sur le lieu de sa mort ; une compétition sportive semblable aux Jeux Olympiques fut créée en sa mémoire ; et son apparence physique fut immortalisée par d’innombrables sculpteurs – son image finissant par incarner l’idéal classique de la beauté lui-même.
En Occident, l’histoire d’Antinoüs et d’Hadrien est restée une riche source d’inspiration pour les artistes, notamment en tant que symbole de l’amour éternel – en particulier homosexuel. Parmi eux figure l’écrivain portugais Fernando Pessoa, dont le long poème – qui ne retrace pas l’histoire bien connue de leur liaison, mais se fait le porte-parole de l’immense chagrin d’Hadrien après la mort d’Antinoüs – sert de base à l’installation de Pernot.
Suspendue sur le mur extérieur de la galerie, l’œuvre Over The Seas of Future Times présente des fragments tirés du texte de Pessoa, recomposés par l’artiste dans une installation suspendue. Laissant au spectateur le soin de reconstituer le tout, la rédaction de Pernot imite la faculté même de la mémoire. Comme le suggère le mot « re-member », se remémorer un souvenir revient à recomposer sans cesse un ensemble d’impressions fragmentées que nous stockons dans notre esprit, construisant et reconstruisant ainsi à chaque instant un nouveau souvenir, sans cesse remodelé par le prisme du présent. Les mots de Pessoa sont rendus sur une surface miroitante qui reflète l’environnement, le passage des nuages et les variations de la lumière, comme pour amplifier encore davantage ce dialogue entre passé et présent.
Le procédé de fragmentation, tel qu’il s’applique à notre expérience du temps et de la mémoire, est également à l’œuvre dans la sculpture Forever, longue de quatre mètres et dans un état d’érosion prématurée. Les lettres effritées, mais toujours lisibles, évoquent la persistance de l’amour face aux ravages du temps. Elles rappellent également la mode architecturale du XVIIIe siècle des « fausses ruines », qui répondait à la fascination des romantiques pour le passé et pour leur propre mortalité.
Dans l’arrière-salle de la galerie, deux conceptions opposées de la nature morte s’entremêlent entre la peinture textuelle intitulée Somewhere Someday We Will Meet Again et un nouvel extrait du poème de Pessoa. The nature of love met en scène un buste en plâtre du divin Antinoüs posé sur un piédestal. Un trou dans sa poitrine abrite un vrai lys – symbole d’amour et de renaissance depuis l’époque romaine – qui se fanera et sera sans cesse remplacé tout au long de l’exposition, faisant allusion aux efforts sisypheens qui rendent l’amour éternel. À l’inverse, Our Endless Love se compose des natures mortes « figées » caractéristiques de l’artiste, dans lesquelles un bouquet de fleurs est embaumé dans de la neige et un givre artificiels, suspendant ainsi le temps et le processus de décomposition.
Dans le jardin, deux rochers sont étroitement blottis l’un contre l’autre, ornés sur l’un de leurs côtés de lèvres qui se frôlent, sensuellement entrouvertes. Kiss se présente comme un lieu de repos ou de jeux pour les enfants. Les deux pierres, immobiles, semblent figées à jamais dans l’instant qui précède ou succède un baiser.
Au centre de la cour se trouve la sculpture qui donne son nom à l’installation : un bassin en pierre rempli d’eau, au sein duquel deux têtes – l’une flottante et l’autre submergée – se reflètent à l’infini. Sous l’eau repose une représentation réputée fidèle d’Antinoüs, copie d’un buste actuellement conservé au musée du Capitole à Rome. Face à lui se trouve la tête du compagnon de l’artiste, dont le reflet trouble encore davantage notre vision de l’Antinoüs lointain. L’eau devient ici une métaphore du passé, car elle est à la fois tangible mais non solide, ondulante et déformante ce que nous pouvons y voir, tout en reflétant notre vision du présent. Elle évoque aussi l’eau du Nil dans laquelle a péri Antinoüs. En plaçant ces deux visages passés et présents en miroir, cette sculpture rappelle les propriétés immortalisantes de l’amour et de l’art comme des remèdes universels à la marche inexorable du temps.